Rechercher dans ce blog

vendredi 10 mars 2017

SEPT SONNETS MÉDICINAUX

AVANTI !

Si on t’abat dix fois, 
Dix fois encore, cent fois, cinq cent fois, tu te relèves …
Tes chutes alors ne doivent pas être si violentes
Et par loi, ne doivent pas non plus être tant.
C’est avec la faim géniale des plantes
Qui assimilent l’humus avidement
En avalant la rancune des affronts
Que se sont forgés les saints et les saintes.
Une obsession similaire à celle de la mule
Voilà la seule chose dont a besoin
La créature pour être forte
Et chez n’importe quel malheureux je me figure
Que s’émoussent les crochets de la fortune…

Tous les incurables peuvent guérir
Cinq secondes avant leur mort !


PIÙ AVANTI !
Ne t’avoue pas vaincu, ni même vaincu,
ne te sens pas esclave, ni même esclave ;
tremblant de peur, pense-toi brave,
et même grièvement blessé
jette-toi féroce sur l’ennemi.

Aie l’obstination du clou rouillé,
qui déjà vieux et vil redevient clou ;
non la lâche stupidité du dindon
qui baisse la queue au premier bruit.

Procède comme Dieu qui ne pleure jamais,
ou comme Lucifer qui jamais ne prie,
ou comme le bois de chênes, dont la grandeur
a besoin d’eau et ne l’implore pas…

             Que ta tête morde et vocifère vengeresse,
             alors qu’elle roule déjà dans la poussière!


MOLTO PIÙ AVANTI !

Ceux qui versent leurs larmes aimantes
sur les peines qui ne sont pas leurs peines ;
ceux qui oublient le son de leurs chaînes,
pour limer celles des autres avant :
Ceux qui parcourent  le monde en délirant,
distribuant leur amour à pleines mains,
tombent, sous le poids de leurs bonnes œuvres
sales, malades, tragiques…et de trop!
Ah ! Ne joue jamais le redresseur de torts!
Ne suis jamais des instincts compatissants!
Aie les griffes de la haine toujours vives,
toujours éveillés  les yeux du Juge !…
Et quand tu t’allongeras dans la caisse des morts,
méprise les sanglots des vivants !

MOLTO PIÙ AVANTI ANCORA!

Cette vie trompeuse est une scène,
où tout est stupide  et feint,
où chaque amphitryon cache bien
son être véritable sous sa mise.
Ne dis ta vérité ni même au plus aimé ;
ne montre ta crainte ni au plus redouté ;
ne crois jamais qu’on t’ait aimé
aussi nombreux soient les baisers d’amour qu’on t’ait donnés.
Vois comme la neige fond
sans une plainte de sa lèvre transie,
comme les nuages désirent avidement le désert
sans confier à personne leur avidité…
Maudis les hommes : mais en riant
et tout en étant mort, vis la vie!


MOLTÍSSIMO PIÙ AVANTI ANCORA!

Si au lieu des stupides panthères
et des lions inflexibles et stupides,
on enferme dans une cage deux maigres garçons
dans cette fragile prison des fauves,
Ils ne resteront pas étendus des nuits entières
sur la paille douillette de leurs couches
sans plus d’espoirs, sans réactions
comme deux minables bien placides;
Tels des Napoléons pensifs, graves,
non comme le tigre sanguinaire et froussard,
ils scruteront pas à pas leur cage,
en cherchant les fentes et non les clefs…
Ainsi donc, qui que tu sois, sache-le:
Scrute les fentes de ta cage!  


VERA VIOLETA
Derrière son niveau se lance la rivière
par la grande dénivellation des halliers ;
l’air est tramontane, et tramontane il y a
à cause de la loi de la non fin, du non vide ;
le plus bel épi de l’été
ne rêve pas du pain dans les champs de blé ;
le plus doux rayon de miel des ruches
n’a jamais déclaré : moi je ne m’appartiens pas;
et le soleil, le père soleil, ce rude foyer
qui fomente la vie dans la Nature,
n’est pas pressé de chauffer les pôles,
il ne se dévie pas non plus d’un pouce :



Tu arriveras à tout, fou solennel…
autant que le permettra ta stature !


de ALMAFUERTE
(Argentina-1854)

 De "L'espoir"




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire